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AOC ou Libre Expression ?

AOC ou Libre Expression ?

La France est un vieux pays viticole qui a depuis longtemps encadré la production de vin. Lors de la création des appellations d’origine, l’objectif fut sans doute de définir et de protéger la notion de terroir et de répertorier les pratiques et savoir-faire qualitatifs et traditionnels. C’est une idée à laquelle nous pourrions souscrire. Mais quelle meilleure protection du terroir qu'une agriculture respectueuse de la vie des sols et des cycles biologiques ? Et où réside la singularité d’un vin lorsque tout l’arsenal des techniques œnologiques "additives" ou "soustractives" est autorisé pour modifier la vendange récoltée ?

Nous sommes sortis de l’appellation contrôlée pour retrouver nos propres contraintes : celles de l’écologie appliquée, de l’adaptation au milieu et de la  singularité du vin. C'est actuellement le cahier des charges de Nature et Progrès et son système de garantie participative qui traduit le mieux nos aspirations.

Nous militons pour le retour des cépages oubliés mais aussi pour la naissance éventuelle de nouveaux cépages, issus de croisements et de sélections, renouant ainsi avec la reproduction sexuée de la vigne, avec le savoir-faire ancien de générations de paysans.

Nous voudrions que revienne la biodiversité parcellaire par l’utilisation de sélections massales, de plantation pluri clonales ou pluri variétales car nous pensons que la variabilité parcellaire est un gage de résistance et d’adaptation.

Nous souhaitons avoir la liberté d’expérimenter de nouvelles techniques ou d’anciennes pratiques : en période de changement climatique, la crise viticole peut être l’occasion d’une profonde remise en cause collective.

La vigne n’est pas une culture alimentaire et en ce sens, elle ne nous est pas indispensable. Pourtant, si le vin nous accompagne depuis si longtemps, c’est sans doute que nous ne pouvons pas vraiment nous en passer : parce qu’il libère la parole, symbolise le partage, ouvre les portes de la poésie, des mythes et de la création,… Par son rapport au terroir, il reste un lien irremplaçable entre la terre et l’homme.

La taille : un dialogue entre homme et plante

La taille : un dialogue entre homme et plante

La vigne est une liane sauvage qui produit des raisins pour se multiplier et se régénérer…

L’homme est un buveur invétéré qui doit très lentement ''apprivoiser'' sa vigne pour parvenir à ses fins…Avant de tailler la vigne, il faut la planter : greffer le plant, le faire éventuellement grandir en pépinière, l’installer en terre, choisir l’orientation des rangs, l’écartement des plants,… Chacun de ces choix est le début d’un long compagnonnage : combien faut-il de génuflexions, au pied de chaque cep avant que les racines ne s’installent solidement, contournant les obstacles pierreux, et de soins attentifs pour que lentement le tronc s’élève et jaillisse de la terre vers la lumière dont il se nourrira aussi.

Il faut ensuite architecturer la vigne en fonction de nos questionnements écologiques, agronomiques mais aussi économiques et sociaux ou encore… ergonomiques. Chaque région viticole, chaque vigneron a sa réponse technique particulière. Aussi la taille est-elle une sorte de langage avec lequel, le vigneron, d’année en année, dialogue avec sa vigne. Chaque cep répond à sa manière, gardant les traces de nos gestes sur ses charpentes et nous nous attachons petit à petit à ce grand troupeau végétal…

Nous avons donc choisi de conduire la vigne à bonne hauteur du sol pour que puisse pousser un tapis végétal abondant et libre de fleurir. Nous avons voulu aussi lui donner une large surface d’exposition foliaire car elle est un capteur d’énergie médiocre si l’on n’y prend pas garde. Nous avons choisi de ne la rogner que très faiblement pour lui permettre de pousser vers la lumière sans épaissir inutilement son feuillage. Nous avons tenté d’adapter le système de taille pour que les charpentes des souches occupent au mieux l’espace disponible sans entassement de grappes ni de feuilles, afin que le vent et le soleil circulent librement et réduisent la pression des champignons parasites. Nous nous sommes également attaché à pouvoir tailler debout et vendanger à hauteur d’homme par respect pour le vigneron et pour que dure la joie des vendanges.

Ces exigences nous ont conduites à opter pour un système en double cordon alterné, inspiré de systèmes déjà existants et accommodé à la sauce Cantalauze. Ce système nous convient, à chacun cependant de trouver le sien…

Il est néanmoins très important, pour éviter les maladies du bois, d’adapter la longueur des coursons à la vigueur de la souche, de répartir équitablement la sève entre fruits et bois, d’éviter les blessures, les tailles rases, les remaniements intempestifs,…

En ce qui concerne la taille Cantalauze, le tronc est surmonté de deux cordons pérennes qui se croisent et viennent se fixer sur des fils porteurs en hélice. L’un des cordons porte quatre coursons fructifères, l’autre porte quatre tailles rases qui fourniront les bois de taille de l’année suivante. La sève est ainsi répartie entre récolte et réserve. Elle assure le présent et l’avenir.

La vigne : une polyculture pérenne

La vigne : une polyculture pérenne

La vigne n’est pas une monoculture : c’est une polyculture pérenne à étages.
Si on baisse la tête, au pied des ceps, on observe le foisonnement naturel d’herbes et d’insectes, qui trouvent entre les rangs un vaste espace disponible.
Si on lève la tête, on aperçoit, au bout du rang, des haies anciennes ou replantées, des bosquets ou des landes couvrant les affleurements calcaires impropres à la culture et au-delà, la vaste forêt de la Grésigne à laquelle nous sommes adossés.
La vigne s’inscrit dans ce paysage et le construit tout à la fois, elle lui doit sa singularité, et le vigneron s’y sent tout petit, partie intégrante d’un écosystème qui le dépasse, dans le temps et dans l’espace… car une parcelle de vigne peut vivre 80 ou 100 ans, elle traverse les générations et nous ouvre les portes du temps. Ainsi, pour le vigneron bio, la biodiversité est-elle un allié de choix. C’est elle qui permet la fertilité et la vie du sol, limite les populations de prédateurs, régule le microclimat.